Prix de perfectionnement – Lily Lafleur, chez Mademoiselle Chapeaux

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Mademoiselle Chapeaux © Marjolaine Costé

Lily Lafleur, lauréate des Prix de perfectionnement 2019, et sa tutrice Chloé Thieblin, nous accueillent dans une très jolie boutique-atelier, Mademoiselle Chapeaux, proche de la place de la Bastille. Cet atelier est spécialisé dans la création de chapeaux et travaille pour des particuliers ou de grandes Maisons.

Chloé Thieblin affectionne particulièrement la technique de la paille cousue. Elle fonde Mademoiselle Chapeaux en 2011 et ouvre son atelier en 2014 pour perpétuer ce savoir-faire. Sa marque se développant rapidement, Chloé a vite besoin de recruter de nouveaux modistes. Elle s’aperçoit alors que peu de fabricants ou de fournisseurs maîtrisent cette technique, et qu’elle doit former ses nouveaux employés. “C’est un savoir qui prend énormément de temps à maîtriser, il faut beaucoup de pratique”, explique-t-elle. Se tournant d’abord vers les filières d’enseignement professionnels pour recruter, Chloé est déçue par ces formations, notamment à cause du manque de professionnalisme de certains établissements. 

© Marjolaine Costé

En 2017, Amandine Barthélémy, costumière, postule à l’atelier et lui fait découvrir les Prix de Perfectionnement. Chloé trouve alors ce dispositif idéal car il lui donne enfin le temps de former quelqu’un. “En général, les personnes qui postulent grâce aux Prix de perfectionnement sont extrêmement motivées, elles sont dans une démarche professionnelle sérieuse, motivée et réfléchie. Ça change tout, par rapport au circuit classique d’apprentissage, où on rencontre des personnes parfois immatures, trop jeunes et qui ne sont pas là par choix”. Chloé explique que son objectif est de “former pour garder”. Amandine, première lauréate, est embauchée en CDI au terme de son stage et évolue dans l’entreprise en tant que prototypiste. “Je suis très contente de Lily aussi !”, s’exclame Chloé, “ce sont deux très bonnes expériences, et pour moi c’est un vrai biais de recrutement, une réelle occasion. Ce dispositif est moins stressant, car il n’y a pas de poids financier, donc pas de tension sur le rythme d’apprentissage de Lily. Ce dispositif rend l’embauche très sereine, je n’ai vraiment que des choses positives à dire”. 

Lily Lafleur est donc la deuxième lauréate des Prix de perfectionnement à être accueillie chez Mademoiselle Chapeaux. Après avoir terminé une école de stylisme et de modélisme, elle travaille un an et demi dans la mode. “J’y ai surtout appris ce que je ne voulais pas faire”. En parallèle, elle commence des cours du soir à la Ville de Paris et obtient son CAP broderie en 2018. Elle s’initie au monde de l’artisanat, s’inscrit à un CAP de modiste et se découvre une réelle vocation. C’est au sein de l’atelier de Mademoiselle Chapeaux qu’elle apprend la technique de la paille cousue. “J’ai essayé d’apprendre toute seule, mais sans l’accompagnement et les conseils, c’est impossible”. 

Chloé, fondatrice de Mademoiselle Chapeaux, explique : “Il a y beaucoup de fantasmes autour de ce métier. On s’imagine qu’on va tout de suite créer des choses fabuleuses, extravagantes, mais travailler dans un atelier c’est d’abord développer sa dextérité, avoir le sens du détail, être courageux, reprendre et maîtriser un geste, donc faire des gestes répétitifs. Le chapeau, c’est un peu comme la musique classique, on veut jouer tout de suite du Mozart, alors qu’avant il faut apprendre ses gammes”. Elle ajoute que la première chose qu’elle regarde chez un potentiel employé, c’est son attention pour le détail : “la qualité d’un dessin, la netteté des traits, ça ne trompe jamais”. 

© Marjolaine Costé

Lily est ravie de son immersion au sein de l’atelier : “Quand on travaille sur un chapeau, on le fait de A à Z. Chaque employé a son propre poste de travail. Les tâches varient beaucoup, des chapeaux en feutre, aux chapeaux en paille cousue. On ne s’ennuie jamais ! L’équipe est très solidaire, je travaille dans une très bonne ambiance, et je me sens très bien intégrée”. Chloé considère Lily comme un membre de l’équipe à part entière, bien que son statut lui donne “le temps de faire, d’apprendre, de rater et de recommencer”. 

En janvier 2020, Mademoiselle Chapeaux a été sollicitée par la Maison Margiela, pour réaliser des chapeaux de Haute Couture. Lily a eu la chance d’aller dans les ateliers et de rencontrer John Galliano. C’est lors de cette rencontre que Lily a pu partager ses compétences en patronage. “Je me suis très rapidement appuyée sur ce qu’elle savait faire, c’est un réel échange”, ajoute sa tutrice.

“Je suis très contente d’elle, je souhaite vraiment continuer notre collaboration”, confie Chloé. Elle compte engager Lily en CDI à la fin de son stage.

Propos recueillis par Marjolaine Costé

Les Prix de perfectionnement aux métiers d’art sont décernés chaque année par la Ville de Paris. Dotés de 10 000€ chacun, ils ont pour vocation de permettre à de jeunes adultes ou à des adultes en reconversion, de parfaire leur formation en étant accueillis en stage dans l’atelier d’un artisan d’art, à temps complet, pendant un an.

La Fondation Rémy Cointreau, qui s’est donné pour mission de valoriser et accompagner la transmission de savoir-faire d’excellence, s’est associé à la Ville de Paris pour la création de cinq nouveaux prix de perfectionnement aux métiers d’art, notamment en Nouvelle-Aquitaine.