Les lauréats des Grands Prix de la Création 2020

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Les lauréats des Grands Prix de la Création 2020

Dans le cadre du soutien de la Ville de Paris aux métiers de création, Olivia Polski, adjointe à la Maire de Paris en charge du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et des métiers d’art et mode, a remis le jeudi 3 décembre 2020, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris, dans les catégories métiers d’art, mode et design, à des créateurs d’excellence.

Pour cette nouvelle édition, la Ville de Paris a confié la présidence à 3 personnalités des métiers de création : Mathias Kiss pour les métiers d’art, Sakina M’Sa pour la mode, et matali crasset pour le design. Installés à Paris et ouverts sur le monde, les 3 présidents de jury sont des ambassadeurs éclairés et généreux qui participent au rayonnement de la capitale.

Les Grands Prix de la Création récompensent six professionnels : trois Grands Prix de la Création et trois Prix Talents émergents dans les secteurs des métiers d’art, de la mode et du design.

Une dotation de 18 000€ est attribuée aux lauréats. Chaque prix est doté de 8 000€ par la Ville de Paris et enrichi via le Fonds pour les Ateliers de Paris par des partenaires privés : le Groupe Galeries Lafayette, la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, ESMOD, la Fondation Rémy Cointreau et Victoire. Outre la dotation, les lauréats bénéficieront d’une visibilité́ offerte par les partenaires médias et associés : Intramuros, AD Magazine, La Gazette Drouot, Fashion Network, Première Classe, Paris Design Week, Maison&Objet, Ipocamp, Joyce Gallery et Eyes on Talents.

Un mot des présidents de jury

Mathias Kiss, jury Métiers d’art

Portrait de Mathias Kiss, président du jury Métiers d'art, © Wendy Bevan

Le choix de mon jury a donné le ton de nos discussions. Je n’ai pas souhaité m’entourer d’artisans, de spécialistes des métiers d’art mais de personnalités issues d’autres horizons comme des entrepreneurs, des musiciens, avec une sensibilité pour ce secteur. Ce choix a été porté par ma volonté de mettre un coup de projecteur sur certaines techniques, de les décloisonner, de leur donner une dimension contemporaine et ainsi de montrer que les métiers d’art sont utiles sur d’autres terrains parfois très glamour. C’est une façon de ne pas laisser les métiers d’art se fossiliser. On s’y intéresse de plus en plus mais on ne les « consomme » pas encore de façon spontanée. Il faut que cela change.

Sakina M’Sa, jury Mode

Portrait de Sakina M'Sa, présidente du jury Mode

Le choix a été difficile du fait de la très grande qualité des candidatures qui mariaient créativité et responsabilité. Durant les délibérations du jury, les avis étaient partagés et j’ai donc privilégié le débat, ce qui a permis de laisser également une chance à l’imprévu. C’est ce qui explique notre décision très équilibrée avec un Prix Talent émergent qui associe mode et projet social et un Grand Prix qui fait la part belle au produit et au savoir-faire. Deux facettes du métier qui font avancer la « machine mode ». Je suis très fière de ces deux très beaux lauréats, qui vont, sans aucun doute, faire rayonner l’engagement de la Ville de Paris et asseoir son image de capitale de la mode durable.

matali crasset, jury Design

Portrait de matali crasset, présidente du jury Design, © Julien Jouanjus

Nous avons récompensé deux démarches très distinctes. Grégory Granados est un jeune designer dont le travail est très subtil, humble et qui met en balance le design produit avec la place du corps dans l’espace. Il convoque le sensible. Le binôme de jeunes femmes de Hors Studio se concentre, lui, sur la recherche matière et notamment sur l’utilisation des déchets. Elles ont créé une plateforme répertoriant des recettes pour utiliser ces rebuts. Cet aspect collaboratif nous a plu et il y a encore beaucoup à faire. Attribuer le Grand Prix à Hors Studio, c’est aussi permettre à ce projet de s’étendre, se développer et s’ancrer dans la réalité.

Les lauréats 2020

MÉTIERS D’ART

Talent émergent : Laura Cambon, Créatrice verrière

Laura lie intimement son travail sur le verre à sa formation. « J’ai fait un cursus d’architecture d’intérieur aux Arts Déco et le verre m’intéresse à l’échelle de l’aménagement intérieur. Je ne l’envisage que sous la forme de grandes pièces, panneaux, luminaires… qui structurent l’espace notamment grâce à la lumière. Je ne m’inscris pas dans la tradition pure et dure du vitrail car c’est la dimension spatiale qui me passionne. De plus, si la tradition du vitrail est très belle, l’usage du plomb ne me convient pas. » Bien dans son époque, Laura a donc associé savoir-faire classique et innovation technique. Elle conçoit ses projets sur ordinateur et la découpe laser lui permet d’obtenir des éléments d’une incroyable précision et un résultat final très proche de ses dessins. Ces éléments sont cuits avec une structure en cuivre pour être assemblés. Les très grandes réalisations sont pensées en plusieurs pièces qui pourront être transportées en toute sécurité avant d’être fixées ensemble avec des vis d’assemblage. Ces partis pris donnent aux créations de Laura « une patte » unique qui attire décorateurs et particuliers rencontrés sur des salons. Évidemment, le verre, sa matière première, est aussi l’objet de toutes ses attentions. Si elle utilise actuellement des plaques achetées auprès de fournisseurs spécialisés, elle planche aussi sur une technique pour obtenir des dégradés et combiner les teintes entre elles, afin, comme elle le précise, « de dépasser les contraintes de la couleur. »
www.lauracambon.com


Grand Prix : Nicolas Pinon, laqueur

Il est intarissable sur son métier de laqueur. Des origines à l’École Boulle où il découvre par hasard les décors de surface, dont la laque, parce qu’il n’a pas pu intégrer l’atelier marqueterie, discipline qui pourtant le fascinait, à la reprise d’un atelier rue de Montreuil à Paris, Nicolas Pinon, veut tout raconter. Car chaque étape correspond à un degré de plus dans sa connaissance inégalable des techniques liées à la laque. Ses voyages au Japon font partie des chapitres incontournables. Durant le premier, en 2006, il rencontre des artisans spécialistes de sa matière fétiche. Durant le second, en 2007, il passe trois mois, en immersion chez un maître : « une expérience folle ! ». À son retour, Nicolas a pourtant du mal à vivre de son art. Il travaille pour d’autres qui préfèrent la feuille d’or et les patines. Il faut attendre 2014, pour qu’il décide de se consacrer de nouveau à la laque, en apprenant que le laqueur Jacques Lee veut céder son atelier. Les choses ne seront pas simples et il n’aura les clés qu’en 2017. Depuis, il se concentre sur toutes les facettes de la laque végétale, du kintsugi et met une touche contemporaine et européenne dans ces pratiques ancestrales et orientales. Galeries, designers, artistes… se bousculent chez lui. Il leur faut cependant respecter les principes de Nicolas : « Dans un monde où tout va vite, mes clients doivent comprendre que la laque nécessite du temps. C’est moi qui impose le timing pour le meilleur. » Un tel enthousiasme va bien sûr de pair avec la transmission. Nicolas enseigne au Greta, à l’École Boulle et organise dans son atelier des stages destinés à un public de passionnés des savoir-faire japonais.
www.nicolaspinon.com


MODE

Talent émergent : ABOUT A WORKER, par Kim Hou et Paul Boulenger

Une démarche inédite naît souvent de rencontres inattendues. C’est le cas d’ABOUT A WORKER. En 2011, Kim Hou, qui suit un cursus de design, et Paul Boulenger, avec un profil école de commerce, se lient d’amitié lors d’un échange étudiant à Londres. S’ils suivent différents chemins, ils ne se perdent pas de vue et se retrouvent un weekend de 2011 à Bruxelles. Paul tombe amoureux d’un « Bleu » datant de 1910 et Kim le convainc de l’acheter, persuadée qu’il s’agit d’un essentiel dont elle fera d’ailleurs un projet de fin d’étude. C’est le germe de l’aventure ABOUT A WORKER qui se concrétise en 2017 quand, ensemble, ils décident de confier la conception de vêtements aux ouvriers d’usines textile, trop souvent invisibles. « Personne ne donne la parole à ceux qui fabriquent les vêtements, explique Paul. Nous les remettons au centre de la réflexion sur la mode. » La première collaboration avec un atelier d’insertion de Saint-Denis est un succès qui en entraîne d’autres : travail avec les femmes d’un atelier de couture dans une prison de Venise, capsule avec les manutentionnaires de La Redoute, ligne imaginée avec 5 femmes ayant été licenciées d’une usine textile à Shenzhen en Chine. ABOUT A WORKER suit et met en place des outils pour aider ceux qui n’ont pas l’habitude d’être consultés. Échanges, carnets de bord avec des silhouettes pré-dessinées à compléter… les instruments sont adaptés selon les contextes afin de développer des tenues « podiums », pièces uniques parfois achetées par des musées, et du prêt-à-porter plus abordable avec, toujours, cette volonté de mettre l’humain dans la lumière.
www.aboutaworker.com


Grand Prix : MII, par Lucie Bourreau Dutta et Bapan Dutta

Lucie et Bapan se sont rencontrés à l’École des Arts Décoratifs de Paris en Design Textile et sont tombés amoureux. En 2009, Bapan fait découvrir l’Inde, son pays natal, à Lucie. Durant ce voyage, ils rencontrent de nombreux artisans et constatent que la plupart ne trouvent plus de débouchés à leurs savoir-faire notamment à cause de l’explosion de la fast fashion qui privilégie la machine au travail de la main. Ils décident alors de participer à la sauvegarde de ces métiers et pour cela créent leur marque MII et, dans la foulée, leur atelier en Inde. Un mode de fonctionnement qui leur permet de satisfaire également leurs envies créatives, d’être plus souples et indépendants. Les débuts ne sont pas simples : il faut s’adapter à des façons de fonctionner très différentes de la France en prenant en compte des facteurs locaux, culturels, économiques, climatiques… « Nous avons beaucoup appris auprès des artisans, tout comme ils ont appris de nous. Nos collections sont, en effet, conçues à la manière de vases communiquant. Nous pouvons découvrir une technique que nous avons envie d’utiliser pour créer un vêtement ou bien utiliser les savoir-faire pour traduire une inspiration liée à l’art, à la littérature… », détaille Lucie. Lucie et Bapan sont actuellement en train de consolider leur histoire franco-indienne. « Pour notre prochaine collection et, pour la première fois, nous avons collaboré avec des entreprises françaises, explique Lucie. Nous faisons ainsi dialoguer les deux cultures qui sont au cœur de notre binôme. »
www.miicollection.com


DESIGN

Talent émergent : Grégory Granados

Le parcours de Grégory, 28 ans, est déjà riche. Lui qui rêvait de devenir luthier et a fabriqué sa guitare dans sa chambre se rend compte lors d’un stage que se concentrer sur un seul objet ne lui convient pas. Il s’oriente alors vers le design, part faire des études à Londres à la Chelsea School of Art and Design, puis enchaîne avec un cursus à l’École supérieure d’art et de design de Toulon avant de rejoindre l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne non sans avoir fait un crochet chez les Bouroullec. Ces derniers lui font comprendre que, pour s’épanouir, il doit sortir d’une approche fonctionnaliste. Durant cette période, il croise aussi la chorégraphe Régine Chopinot qui catalyse son intérêt pour la danse. Nourri par ces rencontres, il conçoit Step, un projet de fin d’étude qui mélange tous ses centres d’intérêt : un instrument de musique tellement grand qu’il ne peut être manipulé par une seule personne et oblige chaque utilisateur à se déplacer pour jouer. Présenté en 2019 à la Design Parade de Toulon, il décroche le Grand Prix et le Prix du Jury. Step évolue au fil du temps et des expériences pour désormais s’inscrire dans une démarche qui se structure autour de trois étapes. Dans chaque lieu où Grégory crée, il débute son travail par la récolte d’objets, de déchets… qui se trouvent autour de lui. Puis, il les fragmente, isolant les morceaux de ces trouvailles qui l’intéressent. Il obtient, une bibliothèque de pièces qu’il va ensuite assembler. Ce n’est que lors de cette étape qu’il dessine. « Je tiens à ce que mon travail parte toujours d’un contexte, de l’existant, pour ensuite faire que chaque fragment tienne droit », conclut Grégory.
www.projetstep.fr


Grand Prix : Hors Studio, par Rebecca Fézard et Elodie Michaud

Rien ne destinait Rebecca, diplômée des Beaux Arts de Lyon, et Elodie, diplômée d’Olivier de Serres, à devenir des expertes des déchets. Quand elles se rencontrent, c’est d’abord leur intérêt pour le design matière surface et textile qui les réunit et les pousse à lancer Hors Studio. Tout bascule en 2017, quand les Galeries Lafayette leur demandent de concevoir une vitrine à partir de rebuts de plastique. Elles se passionnent alors pour le sujet et développent Precious Kitchen, une plateforme en open source de design matière par la valorisation des déchets. Elles y cartographient des gisements de chutes de production, les photographient en prenant soin de les sublimer et créent des recettes pour les transformer. Parallèlement, elles ne cessent d’imaginer des projets respectueux de l’environnement. À la dernière Biennale Émergences de Pantin, elles ont présenté une installation faite de coquilles de moules et d’huîtres récupérées dans des restaurants, assemblées avec un liant biodégradable à base d’algues. L’oeuvre pourrait retourner tout naturellement dans l’océan. De nombreuses entreprises s’intéressent à leur démarche afin de limiter leurs déchets, mieux, de les valoriser. « Il y a urgence à travailler sur ces sujets, insiste Rebecca. Nous nous sommes formées seules mais nous mettons désormais un point d’honneur à transmettre notre savoir-faire c’est pourquoi j’enseigne à Créapole et Elodie à l’École Conte à Paris. Nous animons également des workshops notamment à Olivier de Serres. » Leur objectif -mobiliser de plus en plus d’étudiants et de professionnels autour de problématiques d’économie circulaire- devrait pouvoir plus que jamais rayonner avec ce Grand Prix.
www.hors-studio.fr


Rédaction par Vanessa Zocchetti.