Visa pour Kyoto – le journal de Linda Ouhbi, céramiste (6)

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Une nouvelle semaine s’achève pour Linda, découvrez son récit :


“Dimanche, j’étais partie à la recherche d’anciennes pièces de céramiques cassées, fêlées. Lundi j’avais mon premier cours de Kintsugi. Comme je n’ai pas trouvé de pièces cassées, on a dû commencer le cours par une séance de casse. J’ai commencé par un gobelet dont j’ai légèrement cassé le bord. Parfait, deux petits bouts s’y sont détachés. Le bol lui s’est cassé en trois morceaux avant de nous échapper des mains et s’est retrouvé cassé en six.

Le Kintsugi est une technique de réparation de céramique à base de laque et d’or, mais aujourd’hui ont peut remplacer la laque par de la résine époxy. Je vais tester les deux méthodes, la résine pour le bol le plus compliqué et la laque pour le gobelet et un couvercle qui a juste une petite fêlure sur la lèvre.

Mardi, la journée a commencé en festivités. Chaque année, depuis le 6ème siècle, une procession se dirige vers un temple, emportant cadeaux et offrandes.  Chariots tirés par des boeufs, parasols fleuris, dames de la cour, guerriers, messagers en costumes traditionnel paradent et font revivre la vie de cour de la période Heian. La procession part de l’ancien palais impérial de Kyoto à 10h30 pour rejoindre Kamigamo Jinja Shrine vers 15h30.

Mamié et moi avions des places pour assister à la procession dans le parc même du Palais impérial. Cinq ou six rangs sont installés de chaque côté du trajet. Nous courrons avant d’arriver car nous avions sous-estimé la taille du parc. Il fait exceptionnellement chaud et les japonaises ont sorti ombrelles et éventails. Les ombrelles sont rangées quelques minutes avant le début de la parade pour ne pas gêner les rangs arrières. La procession est solennelle, silencieuse. Les différents corps élégamment habillés avancent sous ce soleil affligeant. Les couleurs indiquent le rang et la fonction. Quelques chevaux paraissent récalcitrants et stressés. Une trentaine de minutes et c’est déjà fini.

On a vite avalé un sandwich sous l’un des grands arbres du parc et voilà que nous nous dirigeons vers le Kyoto Art Association pour une exposition de trois céramistes Imai, Masayuki le grand-père, Makimasa le père et  Sadamasa le fils.

Le lendemain j’allais les voir dans leur atelier dans le quartier du Kiyomizuyaki Danchi. Encore une de ces maisons avec une plaque discrète indiquant le nom de la famille. Makimasa et Sadamasa m’accueille dans un atelier immaculé. Aucune trace de terre, et pour cause il me disent qu’il viennent de terminer une cuisson bois dans leur Anagama à Hiroshima. Ils transportent à chaque fois les pièces dégourdies de Kytoto à Hiroshima pour les cuire. Les trois font des pièces très différentes mais reliées par une omniprésence de la nature et d’animaux qu’il dessinent ou sculptent. Je suis très touchée par les pièces du grand-père.

Un deuxième rendez-vous se jour-ci s’improviser et voila que nous sommes dans l’atelier du céramiste Takehiro Kato, toujours dans le quartier. Il part bientôt à Paris pour commencer une longue collaboration avec des designers parisiens (avec qui il avait déjà travaillé il y a quelques années). Il exposera aussi des pièces dans un évènement qui se tient aux Salons Hoche à Paris les 19 et 20 juin 2018 et qui présentent le travail de divers artisans Kyotoites ” Kyoto Revelations”.

La journée n’était pas finie, un troisième rendez-vous était programmé et pas des moindres. Cette fois j’étais accompagnée de Mamié et de Akino Morino qui nous a arrangé le rendez-vous. Nous allons rendre visite à Eiraku Zengoru san, 16ème génération de céramistes spécialisée dans l’art du thé. Une céramique traditionnelle de Kyoto avec décors sur émail. Sa maison et atelier dans le quartier de Gion sont tenus secret. Nous sommes accueillis par ce maitre en commençant par une cérémonie du thé avant de nous diriger vers l’atelier ou des deux artisans travaillent à ce moment à poser le dessin ou à polir l’or pour qu’il ait le bon relief sur la pièces. La visite fût solennelle et la traduction approximative, mais mémorable.

Et enfin pour clore cette journée, Akino Morino san qui est professeur de céramique à l’Univesité d’Art de Kyoto me propose d’y faire un tour. Mamié y était étudiante il y a deux ans.

Cette université a été la première école d’Art au Japon, avant celle de Tokyo. Le cursus de céramique dure cinq ans dont la première est commune à tous les élèves de l’université. Chaque département occupe un grand bâtiment. La construction est très vieille et donne au lieu un charme exquis. Nous profitons aussi pour visiter le département de laque, de sculpture et celui de peinture à l’huile (séparé de celui de la peinture japonaise) ou un groupe d’étudiants équipés d’un casque peignent en 3D grâce à des manettes. On pouvait suivre leur actions sur un petit écran.

Le département céramique de l’université est équipé d’un nombre impressionnant de fours. J’en ai compté une dizaine à gaz, autant d’électriques et 4 ou 5 à bois. D’ailleurs alors qu’en France chaque céramiste possède un ou deux fours, ici ils en possèdent à chaque fois au moins 4 différents si ce n’est plus. De toutes les tailles. D’énormes fours que je pensais réservés à l’industrie trônent dans la plupart des ateliers d’artisans. L’équipement des céramistes n’est pas pris à la légère, les plaques et quilles d’enfournement se comptent par centaines.

À la fin de cette semaine, Mamié et moi allons faire un premier four de dégourdi. Je vais voir le fonctionnement de cet étrange four électrique et gaz en même temps dont on contrôle la montée en température grâce à des manettes. Le programmateur électrique est là, mais n’a pas été installé.

Une journée de repos avant un deuxième cours de Kintsugi et la préparation d’émail pour finir la semaine.”


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