Visa pour Kyoto – le journal de Linda Ouhbi, céramiste (3)

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Pour bien commencer le week-end, on part en voyage avec Linda à Kyoto


“Vendredi, j’apprends que Masanobu Ando, un de mes céramistes préféré au Japon, expose dans une galerie à une heure de Kyoto.

L’expo se termine dans deux jours. Samedi, je saute dans un train, non sans avoir planifié mon trajet. Deux trains plus tard, me voici à Nagahama, petite ville au nord du lac Biwa. Il est 13h, le soleil est au zénith et j’entame ma longue marche vers la galerie. Tokinokumo était mon oasis. Je traverse des quartiers aux maisons basses, éparpillées, un terrain de baseball puis la galerie est là. Un bâtiment moderne, qui détonne par sa discrétion.

 

À l’intérieur, l’espace et la lumière apaisent mon esprit et je rencontre enfin les pièces de Masanobu Ando. Des pièces modelées, des sculptures, à utiliser, à regarder, à côtoyer.

La galerie possède également un espace boutique, avec des pièces d’artisans et un espace antiquité.

Lundi matin, Mamié et moi avons rendez-vous avec le céramiste Taniguchi Masanori dans son atelier, dans le quartier Kiyomizuyaki Danchi. L’espace lumineux de son atelier est au rez-de chaussée d’une maison traditionnelle. Il le partage avec son fils, céramiste lui aussi, l’espace habitation se trouvant au premier. Trois tours, deux pour le tournage, un réservé au tournassage. Deux grands fours, l’un pour le dégourdi, l’autre pour la cuisson émail (pour des raisons d’humidité dégagée à la première cuisson).


Le père de Taniguchi était céramiste lui aussi. Il travaillait un émail bleu turquoise que le fils continue. Tanigushi lui aussi est passioné d’émail, il en superpose plusieus,  fait des réserve qui donneront par la suite des dessins, souvent du mont Fuji. Il tourne les petites pièces et montent les grandes formes ouvertes au colombin. Il nous fait rapidement et spontanément une démonstrations de sa technique du colombin créant ainsi une petite pièce arrondie. On s’est donné rendez-vous dans quelques semaines pour faire une démonstration de ma technique de colombin.

Mardi, un matin pluvieux et mélancolique. Je me dirige tranquillement vers la maison où vécut Kawai Kanjiro (1890-1966). Potier, écrivain, sculpteur et graveur sur bois qui marqua son époque. Ici aussi, l’espace d’habitation côtoie l’espace atelier, le tout donnant sur ce jardin intérieur trempé ou chaque cailloux reflétait l’univers. On atteint l’espace atelier en passant à côté de ce petit four qui est une sculpture en lui même, avant d’atteindre le grand, très grand four à étages. Partout se dégage une atmosphère apaisante qui invite à la réflexion, à la création.



Vendredi, je retrouve Mamié dans le centre de Kyoto, direction Osaka la grande ville collée à Kyoto.

On se rend au MingeiKan, le centre japonais d’artisanat qui est une annexe de celui de Tokyo. Dans ce musée sont présentés différents artisanats, dont beaucoup de textile. Mais nous, on est y est venu surtout pour les céramiques de Shijo Hamada. Un salle entière y est dédiée avec une centaine de pièces.

Après cette visite, on se dirigea vers le centre d’Osaka où les grandes enseignes étrangères s’affichent ostentatoirement et au détours d’une rue, voici la galerie qu’on est venu voir : wad. Ici aussi on est accueilli par un espace boutique et café avant de monter vers l’espace galerie. L’exposition du moment est celle de deux céramistes, dont un kyotoïte. Shiro Shimizu et Naoki Wada présentent des pièces qu’ils ont réalisé en mélangeant de l’argile de chez eux. Le pari est d’expérimenter les états de la terre, des mélanges, des températures de cuissons et des fours différents. Les pièces installées au sol sont vendues via un système d’enchères que je n’ai pas très bien compris, qu’importe observons, plutôt toutes ces pièces, tordues, fondues, sous-cuites, craquelées. L’observation était le plus important nous a-t-on dit à l’entrée.

Un thé plus tard nous voilà dans le train vers Kyoto, en heure de pointe. Ravie de rentrer, de retrouver cette ville que j’ai adopté. Cette semaine, j’ai aussi déménagé dans un nouvel appartement, fais un marché aux puces, visiter un temple où des étudiants viennent prier avant les examens, découvert le Kinako dans les desserts, le tout accompagnée des lumières de Roland Barthes pour mieux lire ce qui m’entoure.”

 


Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de l’aventure !

Découvrez l’épisode 4