Prix de perfectionnement – Ludivine Menu à l’Atelier Follaco

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Ludivine Menu à l'Atelier Follaco

L’Atelier Follaco est spécialisé dans la peinture d’intérieur, le travail des matières et des couleurs et le carrelage sur mesure. Il est situé au 142 rue de Charenton.

Nous sommes accueillis par Mara Montessoro, la fondatrice de l’atelier, et Ludivine Menu, lauréate des Prix de perfectionnement aux métiers d’art 2020. L’atelier, aux couleurs pastelles, rosées et chaleureuses est lumineux, deux grandes vitrines ouvrent ses façades. Mara et Ludivine sont en plein travail. Elles préparent une commande importante, destinée à un particulier qui souhaite décorer sa maison à Trouville.

« Cette commande est assez unique ! » nous dit Mara.

De nombreux carreaux de carrelage sont étalés sur l’établit au centre de la pièce. Ils sont gravés de dessins évoquant une ambiance marine. Mara et Ludivine doivent impérativement terminer d’appliquer les couleurs dans les deux prochains jours. La lauréate, attentive, suit les gestes et les conseils de Mara. Elles travaillent côte à côte et échangent fréquemment.

Dès les premiers instants, Mara nous confie que l’aide de Ludivine lui est très précieuse.

« Ludivine est géniale parce qu’elle travaille sur ordinateur. Elle a fait des plans en amont et ça nous a permis de préparer la commande plus rapidement ! 

– Je ne pensais pas que cette technique me servirait un jour quand je l’ai étudié pendant mes études, mais finalement si ! » ajoute la lauréate.

Mara nous raconte son histoire et celle de son atelier, qu’elle a fondé avec son mari Franck Follaco. Anciennement professeure d’italien, elle a voulu se reconvertir dans les métiers d’art et travailler de ses mains. Elle s’est alors spécialisée dans le carrelage artisanal. Elle et son mari, peintre décorateur, ont fondé l’atelier Follaco en 2004, à Saint-Cloud.

Une fois lancée, elle réalisait beaucoup de commandes pour des magasins. « Je travaillais à la chaîne, j’étais fatiguée, je n’étais pas épanouie ». Grâce à de bonnes rencontres, en mars 2019, elle s’est installée dans son atelier actuel, qu’elle loue à son collègue ébéniste, qui travaille dans le local à côté, avec l’objectif de vendre plutôt en direct à des particuliers. Avoir une vitrine ouverte sur la rue a permis à Mara de se faire connaître en tant qu’artisan indépendant.

« Je trouve ça important de préserver et de transmettre ce savoir-faire, de continuer à concevoir du carrelage fait main à Paris. »

Mara et Ludivine utilisent une technique bien particulière pour leur commande.

« C’est un carrelage à la chaux, ce n’est pas de l’émail. »

Le couple d’artisans a conçu ce procédé après un voyage en Sicile, pays de la Terracotta, qui semble tant inspirer Mara dans son travail des couleurs. La chaux est appliquée sur des tomettes. Une fois traitées, celles-ci deviennent étanches et peuvent même décorer des salles de bains. Mara vient ensuite graver la chaux en utilisant la technique du sgraffite, typique de l’Art nouveau et très appréciée de Gustav Klimt.

« C’est une technique qui me passionne. On peut jouer avec les ombres et la lumière, c’est très intéressant. Nous tentons de la rendre moderne à travers notre travail. »

Mara crée également ses propres couleurs. Elle nous explique qu’elle essaye de diversifier ses projets, de rénover des meubles par exemple, mais depuis que Ludivine est arrivée à l’atelier, les commandes pleuvent.

« Je ne sais pas comment j’aurais fait sans elle. Je n’aurais pas pu faire cette commande toute seule ! On a aussi des chantiers de prévu pour bientôt. C’est bien pour Ludivine aussi, ça me permet de lui apprendre beaucoup de choses

Ludivine acquiesce. Leur collaboration a commencé trois mois auparavant, en janvier 2020, et elle a déjà beaucoup appris. Après un Brevet des Métiers d’Art en graphisme, un BTS en design d’espace et un Diplôme des Métiers d’Art en décor architectural, elle souhaitait acquérir une expérience professionnelle. Une professeure de mosaïque, ancienne lauréate des Prix de perfectionnement, lui a alors évoqué cette possibilité. Souhaitant tenter l’expérience, elle a contacté Mara sur les conseils d’une professeure. Leur première candidature aux Prix de perfectionnement aux métiers d’art est rejetée, mais les deux femmes persistent l’année d’après.

Mara semble ravie de la présence de Ludivine. Elle déclare, souriante, qu’elles s’entendent très bien.

« C’est difficile pour quelqu’un qui a l’habitude de travailler tout seul de s’imaginer avec une personne tout le temps. Avec Ludivine, ça se passe super bien, c’est une personne super facile à vivre. Elle travaille très bien, je lui fais complètement confiance. Elle est très précise, très sérieuse. C’est une qualité très rare. J’ai beaucoup de chance. »

Ludivine nous explique que ce programme lui permet de mettre en pratique les techniques apprises durant ses études et de les confronter à la réalité du monde professionnel : « Le prix de perfectionnement me permet d’apporter du concret dans ma formation, j’apprends en faisant, et j’applique les compétences que j’ai acquises pendant mon parcours. À l’école, les projets n’étaient pas assez concrets, nous ne les menions pas jusqu’au bout, il n’y avait pas d’impératif professionnel. »

Mara renchérit : « À l’école on apprend des techniques, mais on ne sait pas ce qu’on doit faire quand on est sur un chantier. C’est difficile pour l’école d’enseigner ces contraintes. Il faut aussi que les étudiants se rendent compte qu’ils apprennent des choses à l’école dont on ne sert pas forcément. Nous, on essaye de leur transmettre des techniques et des savoir-faire qu’on trouve intéressants et qu’on voudrait préserver. »

« J’apprends aussi beaucoup en termes de relation client, c’est quelque chose qui manquait à mon parcours. » ajoute Ludivine.

Mara s’exclame à la fin de notre entretien : « Ma question c’est aussi comment la garder ! Je veux absolument qu’on continue après cette année, je vais être perdue sans elle ! »

En effet, en évoquant l’avenir de leur collaboration, Ludivine et Mara sont d’accord. Elles espèrent pouvoir prolonger l’aventure et profiter pleinement de cette rencontre qui fait dialoguer leurs savoir-faire. Ludivine est à la recherche d’un statut afin qu’elle puisse continuer à travailler à l’Atelier Follaco une fois le programme terminé.

Les Prix de perfectionnement aux métiers d’art sont décernés chaque année par la Ville de Paris. Dotés de 10 000€ chacun, ils ont pour vocation de permettre à de jeunes adultes ou à des adultes en reconversion, de parfaire leur formation en étant accueillis en stage dans l’atelier d’un artisan d’art, à temps complet, pendant un an.

La Fondation Rémy Cointreau, qui s’est donné pour mission de valoriser et accompagner la transmission de savoir-faire d’excellence, s’est associé à la Ville de Paris pour la création de cinq nouveaux prix de perfectionnement aux métiers d’art, notamment en Nouvelle-Aquitaine.