Prix de perfectionnement – Aude Froment, à l’Atelier de l’Objet

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Pour ce reportage les illustrations sont limitées. Beaucoup de créations sont destinées aux prochaines collections de grandes Maisons/marques, et sont soumises au secret professionnel.

Aude Froment, lauréate des Prix de perfectionnement aux métiers d’art 2019, et Stéphane Bondu, son maître de stage, nous accueillent à l’Atelier de l’Objet, proche du jardin des Tuileries, caché dans une rue de ce quartier idyllique au centre de Paris. Fondé en 1999, l’atelier est spécialisé dans la réalisation de pièces de haute joaillerie, d’objets précieux et de boîtes. L’Atelier de l’Objet répond à des commandes de particuliers, pratique des restaurations et des réparations, et travaille sur des pièces et les nouvelles collections de grandes Maisons prestigieuses.

Atelier de l'objet- ©Marjolaine-Costé (1)

Après avoir passé un sas de sécurité, nous arrivons dans l’atelier où travaille Aude. Elle débute la visite en nous expliquant en quoi consiste son poste au sein de l’atelier. En plus d’avoir l’occasion de travailler avec d’autres membres de l’équipe sur des collections de grandes Maisons comme Dior, elle est également chargée de projet pour des particuliers. À travers ce rôle, elle est en contact direct avec des clients, ce qui lui permet de développer des compétences variées. Elle intervient à la fois dans la conception, la relation et le conseil client, la gestion des devis et des fournisseurs. Il s’agit de domaines essentiels du métier de Bijoutier-Joaillier.

Elle travaille actuellement sur la réalisation d’une paire de boucles d’oreilles, commandées par une créatrice, dans un style Rococo inspirée des bijoux de Marie-Antoinette. Elle nous explique les différentes étapes qui composent la fabrication d’un bijou. Après avoir discuté du projet et de l’esthétique avec sa cliente, elle a manipulé des bandes de cire afin de créer un volume. Puis, elle a utilisé la conception assistée par ordinateur (CAO) pour retranscrire en 3D le volume pour ensuite venir le décomposer en plusieurs parties afin de faciliter la reprise des éléments en métal. Les différents morceaux sont ensuite imprimés en résine puis envoyés à la fonte pour être par la suite rattrapés, soudés, polis et sertis. Aude nous explique que tous les aspects de la conception à la réalisation sont pris en compte avec la cliente afin de s’adapter aux demandes esthétiques et économiques de celle-ci.

Ainsi, Aude nous apprend qu’en Bijouterie-Joaillerie les détails ont beaucoup d’importance, chaque facette d’une pièce est donc soigneusement étudiée. Par exemple, le travail du revers d’une pièce est pensé avec différentes contraintes (économique, esthétique, luminosité, praticité). Une mise à jour est pratiquée à l’arrière du bijou afin d’ajourer le revers avec des formes variables. De cette façon, le bijou est moins lourd donc plus facile à porter, moins cher car moins de poids de métal et plus esthétique. Aude semble passionnée par son sujet. Elle nous explique également que grâce à la maîtrise des différents savoir-faire par les employés, les pièces sont presque entièrement conçues et faites à l’atelier, ce qui apporte une vraie compréhension de la réalisation des bijoux. “Ceci nous permet aussi de toucher à toutes les facettes, tous les processus de fabrication d’un bijou”, ajoute Stéphane.

En déambulant à travers les différents espaces de l’atelier, Aude et Stéphane, complices, nous présentent les nombreuses machines, des plus traditionnelles aux plus modernes (imprimante 3D, laser pour effectuer des soudures, puk pour bouler les bouts de fils) qui sont à la libre disposition des employés. En effet, l’Atelier de l’Objet s’adapte aux nouvelles technologies, tout en conservant des savoir-faire ancestraux. Ils nous expliquent également que la plupart des œuvres ne peuvent pas être photographiées pour des raisons de confidentialité. Les employées travaillent sur les prochaines collections, de Dior et Van Cleef & Arpels. Nous avons cependant eu la chance d’admirer ces précieux objets faits de cristal, d’or et de pierres précieuses.

Atelier de l'objet- ©Marjolaine-Costé (5)

L’Atelier fourmille de vie. Les autres employés sont tous affairés à leurs établis. Ils sont concentrés, mais l’ambiance est conviviale. Aude semble très à l’aise dans son environnement. Elle nous confie d’ailleurs qu’elle a vraiment l’impression de faire partie de l’équipe, malgré son statut de stagiaire.

Au fil de la visite, Aude, toujours souriante nous confie qu’elle ne serait pas dans cet atelier sans les prix de perfectionnement car elle n’avait pas les compétences nécessaires, “je n’avais jamais fait de CAO (conception assisté par ordinateur) pendant mes études, alors que pratiquement toute l’équipe de l’atelier travaille sur ordinateur”.

En sortant de son CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle), elle souhaitait faire un BMA (Brevet des Métiers d’Art), mais ne pouvait pas car elle était trop âgée ou n’avait pas le nombre requis d’heures de travail en atelier pour tenter une candidature libre. Au cours de ses études, elle a développé un intérêt pour le travail de la glyptique et de la sculpture de pierre. Étant attristée par la perte de ce savoir-faire, elle a effectué un stage chez Cartier, avec Philippe Nicolas, afin de suivre une rapide introduction dans le domaine. Au terme de ce stage, elle s’est renseignée sur les autres ateliers qui perpétuent ce savoir-faire, et a découvert l’Atelier de l’Objet. Elle y a réalisé un stage de trois semaines, puis un CDD de trois mois, avant de demander une alternance au sein de l’atelier.

Stéphane ne pouvait envisager de l’employer en alternance. Aude manquait d’expérience. “L’apprentissage, il y a 30 ans, c’était beaucoup plus simple, on apprenait vraiment des savoir-faire, à des personnes qui étaient là très souvent”, explique-t-il. Cependant, déterminée Aude a fait des recherches et a découvert les Prix de perfectionnement. Stéphane a accepté cette proposition et une fois lauréate, elle a intégré l’atelier pour un an.

Stéphane évoque le manque d’expérience des jeunes en général, mais ajoute tout de même qu’Aude se débrouille très bien. “Elle reçoit des clients, elle gère seule, elle explique bien.” Aude, ravie, ajoute cependant que même en essayant d’être la plus autonome possible, elle n’hésite pas à poser des questions, pour apprendre plus vite. Elle estime qu’elle n’aurait pas eu l’opportunité de développer des compétences aussi variées et dans un tel cadre d’apprentissage sans ce prix. “Dans un autre atelier, on m’aurait donné des tâches fastidieuses, répétitives et peu épanouissantes, et j’aurais probablement abandonné la bijouterie-joaillerie. Ce n’est pas ça qui m’avait émerveillé dans ce métier”. Elle ajoute que “c’est très rare, un atelier aussi complet, où l’on vous laisse l’espace pour vous développer”.

Stéphane nous confirme alors que “ce dispositif est vraiment utile” et que Aude peut se former toute la journée, en restant autonome et en faisant partie de l’équipe. Il ajoute qu’aujourd’hui, Aude rentre même en concurrence avec les personnes qui obtiennent des diplômes dans de grandes écoles, parce qu’elle se forge une réelle expérience, indispensable dans la pratique des métiers d’art.

De retour à son poste de travail, Aude commence à polir une bague. Gentiment, une collègue vient lui expliquer une autre technique plus efficace et adaptée. “J’apprends encore beaucoup tous les jours, et c’est très épanouissant !” dit-elle en souriant.

Propos recueillis par Marjolaine Costé
Photos © Marjolaine Costé

Les Prix de perfectionnement aux métiers d’art sont décernés chaque année par la Ville de Paris. Dotés de 10 000€ chacun, ils ont pour vocation de permettre à de jeunes adultes ou à des adultes en reconversion, de parfaire leur formation en étant accueillis en stage dans l’atelier d’un artisan d’art, à temps complet, pendant un an.

L’appel à candidatures pour les Prix 2020 est ouvert jusqu’au 30 octobre.

La Fondation Rémy Cointreau, qui s’est donné pour mission de valoriser et accompagner la transmission de savoir-faire d’excellence, s’est associé à la Ville de Paris pour la création de trois nouveaux prix de perfectionnement aux métiers d’art, notamment en Nouvelle-Aquitaine.

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